Un jour, un ami m’a dit qu’une relation, quelle qu’elle soit, est toujours égoïste. Ouais, c’est déprimant. Mais pars pas tout de suite, j’ai un truc intéressant à dire là-dessus. 

Il est clair, et de nombreuses études le disent (y compris les miennes), que la solitude est très lourde à porter, parce que nous sommes des êtres sociables et avons besoin d’être en groupe. Peu d’individus vivent entièrement seuls, tout le temps, tous les jours, sans aucun contact. Même en prison, on est stimulé par les réactions des autres (certes à l’extérieur, mais n’empêche qu’elles sont là). Tout ça pour te dire que oui, côtoyer des gens répond à un besoin d’appartenance (selon la pyramide de Maslow, qui, paraît-il, n’a jamais dessiné cette pyramide -je le sais, il m’a envoyé une carte pour Noël). 

Faisons fi des situations où vous allez ouvertement vers les autres parce que vous êtes seul (par exemple, dans un lieu public), et donc où c’est clair que vous pensez à vous. Toutes les situations où je me rappelle avoir été vers d’autres personnes “par altruisme”, en réalité, sont des situations où j’ai voulu satisfaire un syndrome du sauveur (y’a un article là-dessus), donc je me suis satisfaite moi-même. Donc même si c’était très altruiste, et tout et tout, et que j’aurai adoré qu’on fasse ça pour moi quand j’en avais besoin (et d’aucuns l’ont fait, c’est un autre débat), et bien ma vraie motivation, elle était centrée sur moi. 

Si on noue une relation avant tout pour soi, à quel moment on déraille quand on décide de les continuer pour les autres (alors qu’elles ne nous apportent plus rien)? 

Mon avis, c’est que si on a de la peine à quitter quelqu’un, c’est pas parce qu’on a peur de le blesser. Non non. Ça c’est l’excuse à deux balles que l’on se raconte pour se rassurer. Je pense plutôt que c’est que admettre que les raisons sont dirigées vers soi, remettrait trop de choses en question. 

Par exemple, si tu te dis que si tu quitte une relation, tu auras l’air “adjectif ultra jugeant ici”, forcément, tu ne veux pas t’y identifier. Mais du coup ça veut aussi dire que tu reste dans cette relation qui te fait souffrir pour ne pas avoir l’air “adjectif ultra jugeant ici”. Alors, pour quelle autre bonne raison pourrais-tu rester dans une relation où tu souffres? Ah. Bien sûr. Par “loyauté”. “Pour l’autre”. C’est beaucoup plus poétique que “parce que je ne veux pas me sentir “adjectif ultra-jugeant” ou maso. Et d’ailleurs, qui a décidé que si tu partais, si tu te détachais de quelqu’un, tu aurais l’air de ça ? À part toi? 

Du coup, si on fait les choses pour soi, autant assumer, et peut être se dire que, si on est dans une relation de laquelle on se sent mal, peut être qu’elle ne peut plus être vraie, ni saine, ni bienveillante, puisque pleine de ressentiments, et que, par respect pour ce qu’on a vécu avant, on peut juste en parler avec la personne concernée, et prendre ses distances en de bons termes (parce que le but est toujours auto-dirigé : avoir la satisfaction personnelle d’avoir agi avec justesse, et non de la rancoeur ou de la colère). 

Quitte à faire les choses pour soi, autant les faire pour soi jusqu’au bout.