La CNV est-elle à assimiler à de la manipulation? 

La communication non violente est une pratique langagière inventée par Marshall B. Rosenberg, dont le but est de minimiser l’impact agressif (violent) de notre façon de parler.

Concrètement et sans trop rentrer dans le détail, le but est d’observer (O), de prendre conscience de ce que l’on ressent (R), d’exprimer des besoins  (B) plutôt que de décrire les intentions de l’autre, et de formuler à l’autre une demande (D) “concrète, précise, réalisable et formulée positivement”.

Lors d’une lecture/dégustation de ma ville, j’ai rencontré un participant avec lequel, après plusieurs échanges littéraires, j’ai commencé à discuter des livres de Rosenberg.

Celui-ci s’interrogeait sur le fait d’exprimer ses besoins face à quelqu’un de son entourage, et me disait craindre de tomber sur quelqu’un de “trop gentil” qu’il “manipulerait” contre son gré, si la personne est bonne poire et qu’elle “répond à chaque fois à ses besoins”.

Et en effet, on peut légitimement se demander si on a le droit de demander constamment à quelqu’un de s’adapter à nous. Je n’ai malheureusement pas pu creuser la question avec lui car la lecture a repris, mais je comprends très bien que le gars s’inquiète pour sa vie sociale si il doit formuler chacun de ses besoins.

Le fait est que pour moi, il y a une nuance à faire. En théorie, en tant qu’être humain de l’ère moderne, tu es supposé pouvoir subvenir seul à la plupart de tes besoins physiques via différentes interactions :

  • avec des commerçants (magasins pour acheter à manger, des vêtements)
  • des professionnels de santé (médecin,…)
  • ton employeur
  • un objet/meuble
  • mais aussi tes amis et tes proches, qui t’aident à assouvir des besoins d’ordre social/émotionnel/affectif.

Donc, la première distinction à faire pour moi, c’est bien entendu de savoir si tes amis sont les mieux placés pour répondre aux besoins que tu essaies de satisfaire. Pour les besoins les plus primaires, c’est très clair, ce n’est pas la peine d’appeler ton pote Henry si tu as faim ou que tu dois aller aux toilettes. Tu auras plus de chance en ouvrant ton frigo ou en allant faire un tour sur le trône.

Et effectivement, si, à ce stade, tu as “déjà” besoin des autres pour t’aider dans ta situation habituelle, et que tu es tout à fait valide, que c’est juste un accès de flemme, je peux comprendre que tu te demandes si tu ne vas pas “manipuler” ton entourage (et même lui pourrait se faire la réflexion).

Pour ce qui est de la sécurité psychologique et émotionnelle, c’est un peu plus flou. Mon raisonnement est le suivant : tu n’es pas supposé demander à tout bout de champ des “actions” de la part de ton entourage. Dans une situation normale, c’est à dire si tu es équilibré psychologiquement et que tu as une conversation lambda avec tes amis ou ta famille, l’idée de la CNV (de la manière dont je la perçois du moins), ce n’est pas de leur dire : “Dis moi que je suis le plus beau, s’il te plait, car je manque de confiance en moi.”, mais plutôt d’exprimer un besoin qui est mis en lumière par quelqu’un d’autre, par exemple si tu sens qu’une façon d’agir de l’autre personne te fait du mal, que ça fait remonter quelque chose en toi de manière ponctuelle (alors que d’habitude tu te sens bien avec la personne – j’ose en tout cas l’espérer).

Et si c’est de manière systématique, me diras-tu?

Et bien, je ne saurais que trop te rappeler que tes amis sont des gens qui (en théorie) ont décidé que tu faisais partie de leurs humains préférés parmi tous les gens qui sont sur Terre. Si tu es systématiquement dans l’inconfort avec ces personnes, parce qu’elles te nuisent, te font du mal ou t’envoient des parpaings métaphoriques dans la tronche à chaque fois que tu les vois, et bien je n’ai pas d’autre conseil à te donner que de réfléchir au coût d’une opération de chirurgie esthétique métaphorique, et de (peut-être) trouver des amis moins chers. L’amitié c’est, comme toute relation, un projet “de groupe”, et non pas un truc que tu fais en solo dans ton coin en espérant que l’autre se réveille un matin en se disant que t’es le mec le plus cool de la terre (et vice versa).

A contrario, t’as aussi des gars qui ne disent rien, qui ne se sentent pas bien épisodiquement, ou mangent des parpaings tout le temps, souvent sans le faire exprès, mais qui ne disent rien, ou n’acceptent pas de communiquer sur leur état interne. Difficile alors de savoir de quoi ils ont besoin pour s’épanouir dans la relation, qui est à sens unique parce qu’ils “le veulent bien” (bien sûr que si c’était si simple ça se saurait, c’est juste une façon de mettre en contraste les deux cas de figure, relax Max).

C’est d’ailleurs ce que j’ai répondu au participant. Je pense que si tu n’exprimes pas tes besoins, les autres n’ont aucune chance de pouvoir les satisfaire. Qu’ils le fassent ou non est à mon avis de leur responsabilité, mais si ça ne leur “coûte” rien, pourquoi s’en priveraient-ils s’ils savent que ça te fait te sentir mieux?

Une chose est sûre, si tu manges des parpaings tout le temps et que tu n’y trouves pas ton compte, tu seras mieux tout seul à construire ton bout de chemin en attendant un copain qui te correspond mieux, que si tu dois à chaque fois te reconstruire parce qu’on t’a réduit à l’état de poussière. La solitude, c’est pas si mal, ça permet de faire connaissance, et ça sera l’objet du prochain article.